Les différentes situations et les signes de mal-être sont traités sous forme de fiches thématiques.
Chacune d'elles fournit des informations et des conseils pour comprendre et agir.
D'éminents spécialistes y ont  ajouté leur « parole d'expert » pour mieux vous éclairer.

En fin de chaque fiche, vous trouverez des aides possibles et une bibliographie.

Violences
 

 

La violence est une expression de défense présente chez tout individu. Elle peut prendre plusieurs formes. Dès la plus tendre enfance, la pulsion violente tend à s'extérioriser et peut se manifester en agression en destruction si elle n'est pas contenue par l'adulte. Il est donc important qu'elle soit canalisée, encadrée, maîtrisée, comprise et que l'enfant apprenne à la contrôler et à s'exprimer autrement que par des agissements violents. Dans le cas contraire, elle perdure et s'exerce à l'encontre des autres et de soi-même et ce, d'autant plus, que l'enfant se retrouve seul sans adulte pour l'apaiser.

Il y a la violence des mots, des coups, des situations, des actes (contraintes), etc.
Il y a la violence qu'on reçoit, celle qu'on observe, celle qu'on manifeste ou qu'on retourne contre soi-même (c'est le cas dans l'acte suicidaire).

Les phénomènes de violence résultent souvent d'une absence de parole, d'échanges, de la non-résolution d'un conflit parfois très lointain. La personne pense ne pas avoir d'autre moyen pour exprimer son existence, sa personnalité, ses problèmes. La violence crée des ruptures pouvant aller jusqu'au drame.

« Cette impression de menace entraîne une réponse émotionnelle dont on ne maîtrise ni la nature ni l'intensité lorsqu'elle s'impose à nous. Le retentissement émotionnel est fonction des expériences vécues, de son tempérament, avec sa part génétique. » (Philippe Jeammet).

Le code pénal définit la violence comme « des atteintes à l'intégrité ou au psychisme de la personne ». Il permet de distinguer les actes condamnables (articles 221-1 à 222-51 chapitre III, modifié par LOI n° 2010-769 du 9 juillet 2010 - art. 36).

 

Différents types de violences :

Les violences s'expriment de différentes façons et peuvent se manifester au sein de
la famille par des attitudes agressives tant des parents envers les enfants
qu'inversement, ou encore dans la relation entre parents (violence conjugale),
à l'école sous forme de rejets, bagarres, racket, harcèlement, cyberviolence etc.

Violence psychologique :
Elle est dirigée contre l'individu par des attitudes ou des propos qui tendent à humilier, dévaloriser, rabaisser, dénigrer, menacer, affectant ainsi son intégrité.

C'est une violence difficile à repérer. Elle laisse des blessures intérieures profondes qui génèrent la perte de confiance en soi. L'individu exclu se sent rejeté et abandonné par son entourage. Depuis quelques années le cyber harcèlement est devenu un nouveau support pour ces violences psychologiques qui sont désormais agies sans aucune limite.

La victime, ainsi traitée, finit par douter de sa valeur, croire qu'elle est incapable de réussir et indigne d'être aimée.

Violence verbale :
Voisine de la violence psychologique, elle s'exprime par des paroles irrespectueuses, humiliantes, menaçantes ou destructurantes jusqu'à générer un sentiment d'insécurité et de peur. Parfois, elle s'accompagne d'un comportement, d'une gestuelle menaçante accentuant le degré de la violence.
Elle porte gravement atteinte à l'intégrité de la personne, au même titre que toute autre forme de violence. Chez les sujets sensibles, elle peut provoquer des perturbations durables ou irréversibles.

Violence non verbale :
Elle se traduit par un mutisme complet envers la victime. C'est une forme d'exclusion par la non-communication et des stratégies d'isolement. L'ignorance de sa présence représente pour elle une agression insupportable et la conduit à réagir. La réaction peut être un retrait total ou l'émergence d'une violence. Par exemple, on l'observe dans des familles recomposées où la nouvelle compagne ou compagnon est rejeté par l'adolescent. Cette attitude correspond au message non dit : « tu n'es ni ma mère ni mon père, tu n'as pas d'ordre à me donner ».

Violence physique :
La violence devient physique quand il n'y a pas ou plus d'autre moyen d'expression. Elle se traduit par des actes (gifles, coups, etc.) qui atteignent la personne dans son intégrité corporelle. Elle laisse des traces visibles : coups, ecchymoses, brûlures, fractures, etc. Violences physique et verbale peuvent également s'exprimer en même temps.

La maltraitance physique fait naître un climat de terreur dans la famille. Le parent maltraitant est craint mais l'inverse existe. Les adolescents peuvent aussi maltraiter les parents. En plus de la douleur physique, les conséquences psychiques amènent la victime à mentir pour donner le change et dissimuler le problème.

Violence sexuelle :
Elle consiste à imposer à l'autre un acte sexuel non consenti, par surprise, menace, chantage, manipulation. Elle inclut propos sexuels, attouchements, exhibition, cyber-pédocriminalité, viol, inceste, etc.

Les violences sexuelles ont des conséquences traumatisantes, particulièrement graves et durables chez les victimes qui gardent le silence. Briser le silence leur permet d'être entendues, reconnues en tant que victimes et accompagnées dans leur souffrance et leurs difficultés.

Ces actes sont qualifiés par le code pénal de crime ou délit et sanctionnés par des peines d'emprisonnement.

Violence environnementale :
Vivre en société expose au quotidien à des situations de toutes natures. Parmi celles-ci, la violence. Elle peut s'exprimer au sein de la famille, à l'école et dans la société en général.

Dans la famille, l'harmonie évite les situations conflictuelles et entretient un climat non violent. Le climat familial a toujours des répercussions sur le comportement et l'évolution de l'enfant. Exercer une autorité non violente donne aux enfants la possibilité d'évoluer dans un espace de liberté. Répondre à la violence par la violence entraîne une escalade et un risque de répétition des mauvais scénarios de vie. C'est pourquoi les comportements violents sont à proscrire, comme tout acte ou propos visant à mépriser l'autre ou à le disqualifier. Il est nécessaire d'organiser un cadre qui permette de laisser s'exprimer les désaccords. Il est important que chacun puisse exposer son point de vue, ses ressentis, ses émotions, les libérer pour qu'elles ne dégénèrent pas en haine, afin de trouver une solution acceptable par tous.  

À l'école, la violence prend la forme de bagarres, coups, moqueries, mépris, insultes, rejets à des niveaux plus ou moins graves. Les outils de communication actuels facilitent la diffusion des rumeurs, insultes qui peuvent aller du harcèlement individuel au harcèlement collectif. La victime se trouve dans un premier temps dans l'incapacité d'en parler, c'est pourquoi il est nécessaire d'alerter l'établissement ou les institutions concernées dès qu'on a connaissance du problème et de tout mettre en œuvre pour que des mesures appropriées soient prises pour la protéger.
En cas de suspicion de harcèlement de votre enfant et pour plus d'informations, consulter le site Violences.gouv.fr

Dans la société, la violence est omniprésente, principalement véhiculée par les médias. En effet, les clips, le volume sonore des publicités, les images que l'on reçoit continuellement peuvent constituer des messages insidieux de même que les modes agressifs utilisés pour leur diffusion. Le fait de rester seul face à des images qui n'ont aucun sens est en soi une violence faite à l'enfant ; d'où l'importance de décrypter avec lui ce qu'il voit pour lui permettre d'y donner sens.

L'agresseur comme la victime sont tous les deux impliqués dans le processus de la violence. En effet, tout individu, quels que soient son âge et son statut social, peut être confronté à la violence, que celle-ci soit pratiquée ou subie. Pour la personne violente comme pour la victime, la violence est toujours une situation de souffrance.

L'enfant battu, victime d'inceste, de violences peut reproduire le schéma de son passé et devenir maltraitant à son tour. Celui qui a vécu dans la violence est plus exposé compte tenu du fait qu'elle représente pour lui un mode d'expression de vie devenu « normal ».

À l'adolescence, certaines situations favorisent la violence :

  • L'enfant peut devenir violent dans sa famille. Les violences subies à l'école vont s'exprimer en réaction à la violence qu'il subit.
  • Pendant cette période où l'individu est sensible, toutes les formes de démonstration de la violence environnementale peuvent l'influencer.
  • L'impact des images est particulièrement important notamment dans certains jeux, vidéos, films pornographiques.
  • Les situations familiales déstabilisantes telles que divorce, séparation peuvent favoriser des comportements violents.
  • Le parent « mal dans sa peau » peut s'en prendre à l'enfant, l'utiliser comme moyen de pression ou comme monnaie d'échange.
  • Le désœuvrement, l'ennui puis l'influence d'un groupe conduisent l'adolescent en grande détresse à se créer de nouveaux repères psychologiques, perdus au sein de la famille.
  • La violence qui s'exprime aussi en bandes organisées autour de nouveaux intérêts ou de valeurs communes est revendiquée par les jeunes pour affirmer leur existence ou leur place dans la société.
     

Quand le comportement habituel de la personne change, quand elle devient irascible ou muette, anormalement réactive, irritable, tendue ou soudainement violente avec des accès de colère, des crises d'agitation, elle est dans une situation de mal-être installé.
Par ce comportement, elle essaie de dissimuler ses angoisses, d'exprimer quelque chose de difficile, ou des sentiments qui n'ont été ni écoutés ni entendus. Il est alors nécessaire d'essayer de comprendre l'origine de ce changement d'attitude et d'intervenir.

 

 

Pour la personne violente, le risque majeur est l'escalade qui peut l'amener d'un acte mineur à un acte pénalement condamnable ou criminel.
Les dangers existent aussi pour l'agresseur. C'est aussi se blesser soi-même en s'exposant à des risques inconsidérés ou en s'engageant dans une violence incontrôlée.
Les comportements violents contribuent à entretenir, reproduire la violence qui peut être alors prise comme mode de fonctionnement chez les jeunes qui la transmettront à leur tour.
Pour la victime, les risques sont l'agression, les blessures et les suites avec les séquelles physiques et psychologiques qui peuvent en découler.

Les conséquences de la violence sont le désinvestissement et l'échec scolaire, l'échec dans la vie affective, familiale, professionnelle, sociale.

Qu'on subisse la violence ou qu'on en soit l'auteur, il faut toujours chercher à résoudre le problème dès la première manifestation. Subir des violences n'est pas un signe de faiblesse. Ce n'est pas non plus le résultat d'une incapacité personnelle. Il ne faut pas hésiter à en parler et à demander de l'aide.

En répondant à la violence par la violence, on autorise en quelque sorte ce moyen d'expression et on contribue à le faire perdurer.

Il est nécessaire d'identifier rapidement la source du problème :

reconnaître qu'une telle relation est anormale,
tenter de stopper le processus,
ne pas hésiter à demander de l'aide pour atténuer la souffrance,
oser en parler en se confiant à un proche, membre de la famille, ami, éducateur, assistante sociale, association, médecin, etc…

Il est essentiel de désamorcer la violence à temps, faute de quoi, elle peut s'installer, devenir un moyen de provocation et de rejet des contraintes imposées par la vie en société, mener à la délinquance ou pire.

 

  • l'escalade de la violence en élevant soi-même le ton,
  • répondre avec le même langage, avec la même provocation,
  • avoir recours à la pression, la menace, la brutalité,
  • exacerber la susceptibilité de l'enfant, de l'adolescent ou de l'adulte,
  • principalement pendant la période de crise,
  • rentrer dans le cercle vicieux de la colère.»
    
  • essayer de comprendre ce qui se passe,
  • ne pas agir pendant les moments de tension,
  • laisser à l'enfant ou à l'adulte le temps de se calmer,
  • aider à formuler, une fois le calme revenu, les raisons de la violence,
  • attendre le moment opportun pour trouver – avec lui et non à sa place – la solution au problème,
  • organiser un cadre qui permette de laisser vivre les conflits et de les résoudre,
  • mettre en place un contrôle parental pour éviter l'accès aux images violentes véhiculées par tous les médias.

 

Hélène ROMANO,
Docteur en psychopathologie, psychologue clinicienne.

Comprendre la violence nécessite d'avoir en tête trois dimensions qui la définisse : l'intentionnalité des actes commis, la perte du lien d'altérité à l'égard de celui qui subit la violence (je n'arrive plus à mettre des mots sur mes ressentis et je les agis car, à ce moment-là, je ne reconnais plus l'autre comme un autre que moi, c'est-à-dire comme un être humain à respecter), et les conséquences qu'elle entraîne aussi bien sur l'auteur que sur la victime. Les formes de la violence sont multiples (psychologiques, physiques, sexuelles, matérielles, cyberviolence) et l'impact psychologique de celle-ci n'est pas lié à la gravité pénale : des violences psychologiques peuvent blesser un enfant tout autant que des violences physiques. Les traces psychotraumatiques de cette violence peuvent s'exprimer immédiatement ou des années plus tard. Il n'y a pas de « petite violence ». Les causes de la violence sont variables mais le lien commun à tous ces actes est qu'ils témoignent toujours d'une souffrance de celui qui les agit ; en particulier d'une souffrance du lien à l'autre et de l'impossibilité de mettre les mots nécessaires à l'expression de ses émotions et de ses besoins.

Pour les auteurs, l'agir dans la violence est souvent très effrayant car ils ne se contrôlent pas et sont incapables de gérer leurs émotions. Certains peuvent se sentir coupables, honteux et inquiets du mal qu'ils ont fait ; d'autres n'ont même plus accès à ces qualités empathiques et projettent leur responsabilité sur leur victime (« c'est de sa faute, il n'avait qu'à… »). Pour les victimes, la honte, la peur de représailles, la crainte d'inquiéter ses proches et le sentiment d'être coupable fait que la plupart du temps elles se taisent, restent dans le silence. Celui qui subit des violences peut aussi se mettre à les exercer sur lui-même (coups, pratiques dangereuses, scarification tentative de suicide, fugue, suicide) ou sur les autres.

Les adultes, en particulier les parents, sont des figures essentielles pour l'enfant, auteur ou victime de violence. Le plus important est de sécuriser l'enfant, c'est-à-dire constamment le rassurer sur le fait qu'il est aimé et que vous serez toujours là pour lui et pour le protéger. Cela ne veut pas dire tout lui permettre, mais lui offrir un cadre éducatif suffisamment contenant avec des limites et des interdits pour ne pas le laisser dans l'illusion qu'il détient le pouvoir ce qui est source d'angoisse car il se sent alors livré à lui-même. Ce qui oblige les adultes à ne pas exercer de violences sur l'enfant (exemple le frapper en lui hurlant dessus qu'il n'a pas à frapper son frère serait un non-sens qui vous disqualifierait). Cela nécessite, quand il est violent ou victime de violences, d'essayer de comprendre ce qui se passe en partant de ce que l'on constate ; par exemple « quand je te vois comme ça, je me dis que… Est-ce que tu pourrais m'expliquer ce qui se passe». Apprendre à son enfant à exprimer ses émotions est tout aussi important pour l'aider à canaliser son agressivité pour lui permettre de solliciter de l'aide s'il était victime. L'aider à reconnaître qu'il a fait mal et lui apprendre qu'il faut savoir s'excuser fait aussi partie des repères à lui transmettre. Personne n'est condamné à la violence, ni les auteurs, ni les victimes. Il faut pour cela que les adultes puissent être des repères, des tuteurs transitionnels qui leur permettront de comprendre qu'ils peuvent  se comporter autrement et mettre des mots sur leurs ressentis. Tout cela permettra de réaliser le tissage d'un lien sécurisant indispensable pour que l'enfant grandisse sereinement..

 

Février 2016

 

  • Stop harcèlement à l'école

3020

  • JeunesViolencesEcoute.fr

0808 807 700

  • Enfants en danger

119

  • Fil Santé Jeunes

0800 23 52 36

  • Harcèlement sexuel

stop-harcelement-sexuel.gouv.fr

  • Lutte contre le harcèlement sexiste

Femmes.gouv.fr/harcelement-transports
 

  • solidaritefemmes.org

3919

  • SOS Viols femmes informations

0800 05 95 95

  • Violences Femmes infos

3919

  • SOS violences vie privée

03 22 533 39 39

  • 08 Victimes

Mis en place par le ministère de la Justice
008 842 846 37

  • PHARE Enfants-Parents

Prévention du mal-être et du suicide des jeunes
5 rue Guillaumot
75012 Paris
01 43 46 00 62
www.phare.org

Bibliographie non exhaustive comprenant des ouvrages de référence :

3-6-9-12. Apprivoiser les écrans et grandir
Serge Tisseron, Erès, 2013.

ABCDaire de la survie en milieu scolaire
Hélène Romano, Hachette, 2015.

Comment s'enclenchent les violences familiales,
Jacques Miermont, Sciences humaines, hors série n°47,  2011.

Délinquance juvénile : le cas des viols collectifs,
Laurent Mucchielli, Sciences humaines, 2004, hors série : 1252-3429 ; 047, p.50-53.

Enfants sous influence. Les écrans rendent-ils les enfants violents ?
Serge Tisseron, Armand Colin, 2000.

Faut-il interdire les écrans aux enfants ?
Serge Tisseron, Bernard Stregler, Mordicus, 2009

Harcèlement en milieu scolaire
Hélène Romano, Dunod, 2015.

Je suis victime. L'incroyable exploitation du trauma
Hélène Romano et Boris Cyrulnik (ouvrage collectif), Philippe Duval, 2015.
 
L'enfant et les écrans.
Olivier Houdé, Serge Tisseron, Jean François Bach, Editions Le Pommier, 2013.

L'enfant et les écrans.
Sylvie Bourcier, Editions du CHU Sainte Justine, Montréal, 2010.

Les dangers de la télé pour les bébés
Serge Tisseron, Erès, 2009

Les uns contre les autres : du stéréotype au conflit,
Vincent Yzerbyt, Sciences humaines, 2001, hors-série n° 33, p. 68-70.

L'institution et la violence,
Pascal Roman, Elsevier Masson, 2014.

Repenser la violence,
Rencontre avec Michel Wieviorka, Sciences humaines, 2006.

www.sosviolencesconjugales42.org

 (Listes non exhaustives. N'hésitez pas à nous faire part des adresses ou des ouvrages qui pourraient compléter ce document)

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