Les différentes situations et les signes de mal-être sont traités sous forme de fiches thématiques.
Chacune d'elles fournit des informations et des conseils pour comprendre et agir.
D'éminents spécialistes y ont  ajouté leur « parole d'expert » pour mieux vous éclairer.

En fin de chaque fiche, vous trouverez des aides possibles et une bibliographie.

Parents et adolescents
 

 

La difficulté de comprendre les différents comportements de son enfant adolescent est une réalité pour beaucoup de parents. Certains y parviennent plus facilement que d'autres, selon les circonstances de la vie, l'environnement social et surtout les modifications physiques et psychiques liées à cette période.

L'écoute, l'attention, la vigilance, la disponibilité sont nécessaires aux parents pour veiller à ce que ce « passage » vers le monde adulte se déroule dans les meilleures conditions possibles, en dépit de quelques inévitables frictions.

L'adolescent n'est pas suffisamment mature pour se rendre compte des bouleversements qu'entraînent ses modifications comportementales. Il ne fait pas encore la part de l'utopie dans ses enthousiasmes et ne sait pas tirer enseignement de ses échecs, c'est pourquoi les parents doivent être attentifs. Il revient aux adultes de déployer le plus d'efforts : ils possèdent l'expérience, du moins en partie, de ce que vit leur enfant-adolescent, même si les époques changent, l'adolescent a plus que jamais besoin de s'exprimer et d'être entendu.

Comment bien vivre ensemble quand le monde de  l'adolescent est si différent de celui des parents ? Se comprendre et s'adapter à l'autre reste un exercice difficile.

Voici une description de situations « Adolescents-Parents » qui démontrent bien la difficulté de trouver l'harmonie.

L'adolescent : il a entre 11 et 18 ans ou plus.

Les parents : ils ont entre 35 et 60 ans.

Avec parfois une grande différence d'âge, mariage tardif ou remariage. Le couple peut aussi représenter une mixité culturelle ou confessionnelle.

 

 

L'ADOLESCENT

 

LES PARENTS

 

La vie de l'adolescent peut se passer dans une même ou plusieurs familles.
Il découvre ses parents avec d'autres yeux et commence à faire des comparaisons avec les adultes de son entourage. Dans la banalité de la vie quotidienne, s'il n'a pas quelques moments privilégiés de détente avec eux, il ne se rend pas forcément compte de l'affection et l'intérêt que ses parents ont pour lui. Il a du mal à les partager car il voudrait qu'ils s'occupent de lui seul. Parfois, à l'inverse, il a du mal à les supporter.
Il est loin des préoccupations de ses parents.
Il veut conquérir au plus vite son autonomie et n'en imagine souvent pas les conséquences.
Le confort matériel lui semble normal mais il envie souvent ce que les autres possèdent ou font. Il peut  aussi donner l'impression d'être  indifférent  ou désintéressé.
Il rejette toute protection qu'il interprète comme une volonté de  l'infantiliser et affecte de ne pas écouter les conseils de ses parents. Il affiche parfois très vigoureusement sa soif d'indépendance.
S'il ne s'inquiète pas de l'âge de ses parents, il peut être angoissé quand ils sont malades parce qu'il a peur de les perdre.

    

 

Il peut s'agir de la famille biologique, d'une famille monoparentale ou d'une famille recomposée, des parents qu'on voit séparément, des beaux-parents qui ont des enfants avec lesquels on vit au quotidien. Les parents peuvent être aussi un couple homosexuel.
Tout cela peut influencer le comportement de l'adolescent.
Ils ont à s'organiser pour faire face à tout, d'où une notion subjective du temps qui peut engendrer de la nervosité, du stress. Ils se culpabilisent de ne pouvoir être assez attentifs pour mieux aider leurs enfants.
Les parents savent qu'ils sont civilement responsables de leurs enfants. Ils ont le souci d'assumer leur rôle parental d'où leurs préoccupations.
Ils ont l'impression que leurs enfants ont la vie plus facile qu'eux au même âge et qu'ils n'apprécient pas tout ce qui leur est offert.
L'adolescence de leur enfant constitue pour eux une nouvelle étape de la parentalité qui les oblige à se retourner sur leur propre vécu. Ils ont une vision plus globale de l'existence dont ils connaissent les embûches et voudraient transmettre leur expérience.
Il leur faut rester  « jeunes et beaux » tout en ayant à faire face à leur propre vieillissement et à veiller à leur santé.

 

EVOLUTIONS PHYSIQUES ET PSYCHIQUES

Il est dans une  période de développement physique et mental qui conditionne son devenir adulte.
Il subit des transformations dues au bouleversement hormonal qui vont faire de lui un adulte mais qui  l'inquiètent et  peuvent le rendre instable, irritable et impulsif. Il a besoin d'être rassuré. Il a une sensibilité d'écorché.
Insouciant, il est capable de s'investir très vite et de se décourager tout aussi rapidement. Souvent, il ne voit qu'un aspect des choses, il manque de recul, possède peu d'esprit critique face aux informations véhiculées par les médias. Très réceptif, influençable, il est perméable aux incitations extérieures, il s'identifie à des vedettes de  l'actualité ou des personnes charismatiques.

Il ne sait pas toujours faire le bon choix, recule souvent le moment de se décider. Il ne demande pas un avis pour autant.
Il se sent parfois lourdement chargé des aspirations de ses parents qui ne sont pas forcément les siennes et ne sait pas comment le leur exprimer !

 

EVOLUTIONS PHYSIQUES ET PSYCHIQUES

Certains sont en pleine possession de leurs moyens quand d'autres commencent à décliner.
Les parents ont du mal à accepter la métamorphose physique et psychologique de leur enfant ; quelquefois, ils ont une certaine nostalgie de leur « petit  enfant ».  Ses sautes d'humeur les agacent. S'ils ont d'autres enfants, ils ont d'autant plus de difficulté  à s'adapter au caractère et  aux besoins de chacun. 
Dans cette période charnière, ils sont soumis aux impératifs de leur vie professionnelle pour assurer la subsistance de la famille. Ils ont à préserver l'unité de leur vie de couple tout en assurant l'éducation de leurs enfants pour laquelle ils n'ont reçu aucune formation adéquate.

Ils peuvent aussi avoir à s'occuper ou prendre en charge leurs parents vieillissants, et même, dans certains cas, accueillir leurs petits-enfants.
Ils ont fait des choix qu'il faut assumer même s'ils n'en sont pas toujours satisfaits.
Ils ont beaucoup investi dans leur enfant et placé leur espoir dans sa réussite. En réalité,  ce qu'ils souhaitent, c'est qu'il soit heureux dans la vie mais ne savent pas vraiment comment s'y prendre.

RELATION AUX AUTRES

Il réalise peu la valeur des choses. Il est généreux, spontané, sur le plan affectif et matériel. Il idéalise souvent.
Il est en quête de lui-même, se pose des questions sur les grands thèmes de la vie, se construit de grandes ambitions. Il dispose de temps pour discuter avec ses copains qui sont sa principale référence et construire avec eux des utopies. Il est rêveur, idéaliste. Il refait le monde.
Il vit intensément le présent, est impatient, exige beaucoup de ses proches et voudrait tout, tout de suite. Il se préoccupe peu ou pas du tout de l'avenir.

 

RELATION AUX AUTRES

Par leur expérience, ils connaissent le prix des choses et les efforts à accomplir pour les acquérir.
Ils sont happés par leur rythme de vie, leurs activités. Ils ont dû parfois renoncer à leurs idéaux même s'ils essaient de participer à la construction d'un avenir meilleur pour leurs enfants.
Ils ont appris à faire des concessions, à renoncer à leurs envies ou à les différer. Il leur a fallu surmonter des échecs, des frustrations. Ils sont devenus plus tolérants.

LES ACTIVITES

Physiquement en forme, performant, plein d'énergie, il a une grande capacité de résistance et de récupération. Il ne se préoccupe pas de sa santé.
En quête de lui-même, il a un goût effréné de la découverte et de l'expérience.
Sa faculté d'apprentissage est au maximum. Il est doué d'une grande adaptabilité à toutes les nouveautés.
A la recherche de sensations nouvelles, la curiosité aiguisée, il prend des risques sans en mesurer les dangers. Il cherche à tester ses capacités physiques et mentales dont les limites le contrarient, parfois l'obsèdent.
Il a besoin aussi de se mesurer à ses pairs dans un esprit de compétition.

 

LES ACTIVITES

Leur énergie, leur enthousiasme se sont émoussés et leurs facultés d'adaptation et d'acquisition ont tendance à s'amoindrir. Ceci entraîne un décalage particulièrement amplifié compte tenu de la rapidité des évolutions technologiques.
Les parents sont moins attirés par les nouvelles sensations. Ils savent mieux évaluer les dangers et comment minimiser les risques.
Confrontés aux réalités de la vie, ils ont appris à connaître leurs limites.

 

Philippe JEAMMET
Professeur Emérite de l'enfant et de l'adolescent. Université René Descartes PARIS
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Vivre ensemble est au fondement de la vie : une co-création permanente au gré des rencontres. Celle avec les parents, ou avec ceux qui tiennent ce rôle, est évidemment déterminante.
La qualité de l'attachement influence largement la qualité de confiance de l'enfant en ses parents et en miroir en lui-même. Toutes les rencontres avec des personnes plus âgées que l'enfant, que celles-ci le veuillent ou non, ont une portée éducative du fait même des attentes des plus jeunes à l'égard des adultes. La façon de répondre des parents à ces attentes et surtout le climat émotionnel de la vie familiale influencent en miroir la réceptivité de l'enfant et la nature de ses réponses.
Il ne s'agit pas seulement de ressentir de l'amour pour ses enfants mais que cet amour soit porté par un projet : projet de prendre le parti de la vie, c'est-à-dire de la rencontre avec les autres et de l'épanouissement de leurs potentialités. Cela dépend largement de la confiance partagée. La fiabilité des adultes en est un élément essentiel. Le plaisir de l'échange doit prendre le pas sur la peur. Rien n'est plus pathogène pour un enfant qu'un climat d'insécurité et de dramatisation perpétuels.
Si des interdits sont posés, des limites prescrites, des apprentissages imposés, c'est avant tout parce que l'enfant en vaut la peine et qu'il est essentiel de lui communiquer l'envie de prendre soin de lui plutôt que d'avoir la tentation de s'abîmer.
Il ne faut pas oublier que tout ce qui est de l'ordre de la vie, du plaisir partagé, de la rencontre constructive  nous rend en partie dépendants des autres, ne peut pas se maîtriser et échappe donc largement à notre pouvoir.
A l'inverse détruire est toujours possible, à portée de mains. On n'a besoin de personne pour le faire et on est toujours certain du résultat.
L'être humain, comme tout être vivant, n'a pas le pouvoir de se donner la vie, mais il est le seul à avoir celui de donner la mort. Ce n'est qu'exceptionnellement un choix mais c'est surtout l'expression d'une déception. Or la déception est toujours à la mesure de l'attente.
Il revient à chacun d'entre nous de témoigner que nous sommes solidairement porteurs de cette appétence pour la vie, que personne n'est aussi seul qu'il peut être amené à le croire et que vivre ensemble c'est faire en sorte qu'il y a toujours une porte qui peut s'ouvrir vers une nouvelle rencontre.
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Septembre 2015

 


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