Les différentes situations et les signes de mal-être sont traités sous forme de fiches thématiques.
Chacune d'elles fournit des informations et des conseils pour comprendre et agir.
D'éminents spécialistes y ont  ajouté leur « parole d'expert » pour mieux vous éclairer.

En fin de chaque fiche, vous trouverez des aides possibles et une bibliographie.

Conduites à risques
 

 

 

La frontière entre comportement normal et comportement à risques est parfois bien mince dans la mesure où l'adolescence est l'âge des expériences et des défis.
Les conduites à risques désignent un nombre de comportements très différents les uns des autres avec une mise en danger de soi et une gravité plus ou moins volontaires : consommation de substances licites ou illicites, fugues et toutes formes d'errances, délinquance, violences, atteintes au corps par des pratiques agressives (abrasions, scarifications), jeux d'évanouissement, sports extrêmes, comportements dangereux sur la route, rapports sexuels non protégés, conduites suicidaires.

Les conduites à risques peuvent être  un  moyen d'exprimer une souffrance, de se sentir exister et de faire passer un message. Elles se définissent comme un engagement délibéré et répétitif dans des situations dangereuses : ce qui est recherché c'est le frisson, l'adrénaline. Il s'agit d'explorer ses propres limites voire les dépasser, de prouver qu'on peut y arriver. Certaines conduites font partie de l'adolescence, d'autres témoignent parfois d'un malaise ou d'une plus grande souffrance.
La majorité des jeunes en restera au stade de l'expérimentation alors que d'autres s'engageront dans des répétitions ou des pratiques qui les conduiront vers l'excès, le danger voire le drame.

Souvent, un jeune qui se met en danger de façon répétée recherche, plus ou moins consciemment, que des limites lui soient imposées. Une conduite à risques qui se répète est souvent un appel lancé aux adultes.

Les conduites à risques concernent particulièrement l'adolescence marquant une transition vers l'indépendance, ponctuée d'expérimentations.

Addictions, conduites routières dangereuses, ces comportements n'exposent pas nécessairement les jeunes à un risque de décès mais peuvent avoir des répercussions sur leur santé physique et mentale. Elles vont de la marginalisation sociale aux risques accrus de maladies et de troubles psychiques à l'âge adulte.

On constate des évolutions incitant à la vigilance. La consommation quotidienne de tabac est en augmentation depuis plusieurs années. Aujourd'hui, près d'un tiers des jeunes de 17 ans fument tous les jours. Les épisodes d'ivresse sont aussi en nette augmentation, particulièrement chez les jeunes filles. À 17 ans, plus d'une sur deux déclare avoir déjà été ivre en 2013. Par ailleurs, les troubles du comportement alimentaire comme l'obésité augmentent depuis les années 2000 chez les 18-24 ans.
Dans cette recherche de transgression des règles, les garçons sont les plus concernés avec près de 2 300 décès chez les 15-24 ans en 2012, décès associés à des morts violentes (accidents de la route et suicides). Chez les filles, le corps est l'expression de leur mal-être : à l'âge de 14 ans, 42 % se perçoivent trop grosses. Leur insatisfaction peut les conduire vers des troubles du comportement alimentaire (anorexie) qui s'accompagnent parfois de pensées suicidaires voire de tentatives de suicide (2 % des filles âgées de 15 à 19 ans en 2012).

Le type de conduites à risques diffère chez les garçons et les filles.
Pour les premiers, cela passe davantage par une recherche de plaisir et d'adrénaline avec l'adoption de comportements les mettant en danger ainsi que les autres.
Chez les secondes, les troubles apparaissent plus intériorisés, avec notamment une image négative de leur corps.  De tels comportements sont parfois fatals aux jeunes. C'est pourquoi il est capital pour les parents de savoir détecter les premiers signes.
Si vous observez que votre enfant présente plusieurs des signes suivants :

  • il se renferme sur lui-même,
  • il est triste et irritable,
  • il a un rapport ambigu avec la nourriture et avec son corps en général,
  • il fugue,
  • il s'alcoolise,
  • ses résultats scolaires sont en chute libre,
  • le dialogue est rompu avec vous et avec les autres,
  • les suicidés deviennent pour lui un exemple ou un modèle de courage,

il faut consulter un pédopsychiatre qui évaluera son état psychologique et lui proposera un suivi adapté à la situation.

Le plus important est de maintenir le lien parent-enfant et enfant-famille tout en exerçant votre autorité parentale. Il est sans doute dans une recherche existentielle et c'est pour vous le moment de le faire réfléchir sur son comportement afin qu'il prenne conscience du sens et de la valeur de la vie ainsi que de l'importance de son avenir.

 

Généralement, l'adolescent est tenté de tester ses possibilités et de dépasser les limites de ce qui est accepté par la famille, l'école, la société.
 
Certaines prises de risques sont valorisées par son groupe d'amis et suscitent même de l'admiration : sports à risques, conduite automobile dangereuse, consommation d'alcool et de cannabis, etc. Cela justifie un besoin de changement de l'image que l'adolescent a de lui-même par rapport au regard des autres. Ses prises de risques vont lui permettre d'exister aux yeux de ses camarades. Ce qui compte, c'est faire sa place, se faire respecter et admettre dans un groupe.
 
Ces pratiques peuvent être parfois interprétées comme des rites de passage, initiatiques. Il s'agit d'être capable de faire quelque chose de nouveau, de transgresser les interdits, les limites, l'autorité. D'autre part, prendre des risques renvoie à l'image de soi, à l'estime de soi avec un besoin de reconnaissance narcissique.

L'adolescent adopte ainsi des conduites excessives où le danger est recherché comme une sorte de jeu avec le destin et même sa vie. Il flirte avec la mort, c'est l'ordalie. L'intention n'est pas de mourir mais de s'assurer de la valeur de l'existence en la mettant en danger, lui donnant ainsi du sens. La prise de risques inconsidérée et systématique peut s'installer progressivement ou brutalement. Il  ne s'agit plus de jouer dangereusement mais de mettre en péril sa propre vie.
 
Pour les adolescents des deux sexes, les rapports sexuels, protégés ou non, entraînent des risques ou des dangers. Qu'il s'agisse de grossesse précoce et non désirée ou de contamination (VIH, MST), les adolescents se trouveront dans une situation de détresse. Pour les filles comme pour les garçons, l'alcoolisation ou les drogues est la voie ouverte aux viols, aux abus ou aux dérives de toutes sortes.

 

Face aux conduites à risques, il est bon de se rappeler que, même si tout semble prouver le contraire, la famille est importante pour l'adolescent.

L'implication des parents est fondamentale pour aider l'adolescent à devenir adulte.

 

  • l'absence de réaction,
  • l'indifférence, la banalisation,
  • la démission par crainte du conflit,
  • la confrontation,
  • la dévalorisation,
  • l'humiliation,
  • les critiques excessives ou violentes,
  • le rejet,
  • l'exclusion du domicile familial (s'il est majeur),
  • l'abandon à ses pratiques dangereuses.
    

  • maintenir un dialogue constant,
  • être à son écoute pour comprendre ses difficultés,
  • savoir saisir le bon moment pour lui parler,
  • lui faire prendre conscience des dangers et des conséquences de ses prises de risques,
  • recourir à une personne extérieure (proche ou professionnelle) si les tensions sont trop fortes,
  • faire preuve d'autorité, sans excès de mesures répressives,
  • lui rappeler qu'à sa majorité, il sera juridiquement responsable de tous ses actes. Si vous avez besoin d'être soutenu-e-s dans votre rôle parental, vous pouvez demander une mesure d'aide éducative ou AEMO (Action Educative en Milieu Ouvert) auprès du Conseil départemental ou du Tribunal de Grande Instance de votre ville,
  • condamner l'acte mais pas l'ado. lui-même.

 

David Le Breton, Professeur à l'Université de Strasbourg, membre de l'Institut universitaire de France et chercheur au laboratoire Cultures et Sociétés en Europe. Anthropologue et sociologue. Spécialiste des représentations et des mises en jeu du corps humain..

Les conduites à risques renvoient à la difficulté de l'accès à l'âge d'homme ou de femme, à la souffrance d'être soi lors de ce passage délicat. Elles sont largement dépendantes de la trame affective qui marque leur développement personnel. L'adolescent(e) mal dans sa peau est d'abord dans une souffrance affective, sa condition sociale et son sexe ajoutent une dimension propre. Seule son histoire personnelle et la configuration sociale et affective où il s'insère sont susceptibles d'éclairer le sens de son comportement. Les comportements du jeune sont souvent le symptôme d'un fonctionnement familial, d'une carence affective, d'une maltraitance, de tensions avec les autres ou d'un événement traumatique comme l'abus sexuel par exemple. Ils répondent à une douloureuse volonté de bouleverser les routines familiales et d'être reconnus comme « existant ». Mais souvent aussi le jeune se cherche et ne sait pas ce qu'il poursuit à travers ces comportements dont il voit pourtant combien ils troublent son entourage et le mettent lui-même en danger.
Rites intimes de contrebande, les conduites à risque marquent l'altération du goût de vivre d'une partie de la jeunesse contemporaine. Le sentiment d'être devant un mur infranchissable, un présent qui n'en finit jamais. La souffrance traduit le sentiment d'être dépossédé de tout avenir, de ne pouvoir se construire comme sujet. Si elle n'est pas nourrie de projets, la temporalité adolescente s'écrase sur un présent éternel qui rend indépassable la situation douloureuse. Elle se décline au jour le jour. Elle n'a pas la fluidité qui permet de passer à autre chose. Les conduites à risques sont la recherche tâtonnante et douloureuse d'une issue. Elles ne sont que des symptômes, elles disent la souffrance qui est en amont. Ce sont des appels à vivre et non des formes de destruction de soi.  

 

Juin 2016. Mise à jour décembre 2016

 

Allô Écoute Ado

Ligne d'écoute destinée aux adolescents et leurs familles, information et orientation vers des personnes ressources proches d'eux.
Site Internet, forum avec deux thèmes favoris " @dokilo " et " @doaccro ".
0 800 506 692
www.alloecouteado.org

 

AEMO - Action Educative en Milieu Ouvert

www.annuaire.action-sociale.org
 

Institut Régional Jean Bergeret

Centre de prévention des conduites à risques : dépendances, conduites suicidaires, troubles des conduites alimentaires, violences. Point écoute parents/enfants et entretiens thérapeutiques familiaux par des professionnels. Intervention et formation (professionnels et bénévoles).
Centre d'informations et de ressources sur les drogues et les dépendances.
04 72 10 94 30
www.irjb.fr

Collectif Féministe Contre le Viol

Aide aux victimes et à leur entourage.
0 800 05 95 95
www.cfcv.asso.fr

 

Fil Santé Jeunes

0800 235 236
www.filsantejeunes.com

INJEP - Institut National de la Jeunesse et de l'Education Populaire, Conseil d'analyse stratégique

95 avenue de France
75013 Paris
01 70 98 94 00
www.injep.fr

Enfants en Danger

119

Ligue contre la Violence Routière

01 45 32 91 00
www.violenceroutiere.org

 

MDA - Maisons Des Adolescents

ww.anmda.fr

PHARE Enfants-Parents

Association de prévention du mal-être et du suicide des jeunes.
Site d'information et d'orientation contribuant à combattre le mal-être des jeunes :
01 43 46 00 62
www.phare.org

 

Prévention Routière

www.preventionroutiere.asso.fr

Sécurité routière

www.securite-routiere.gouv.fr

 

Bibliographie non exhaustive comprenant des ouvrages de référence :

Ado à fleur de peau
Xavier Pommereau, Albin Michel, 2006.

Ados et prises de risques… Quelles actions de communication  pour les sensibiliser aux dangers du tabac, de l'alcool, de la route, etc.,
Raphaëlle Camous, EMS, 2011.

Alcool, tabac et cannabis durant les années collège,
Stanislas Spilka, Olivier Le Nezet, François Beck, Virginie Ehlinger, Emmanuelle Godeau, Tendances n° 80, OFDT, 2012.

Collectif Féministe Contre le Viol,
Bulletin 2013 : Statistiques 2008-2009-2010-2011.

Comment améliorer l'accès des jeunes à la contraception ? Une comparaison internationale,
La Note d'analyse, n° 226, juin 2011, 12 p
Béatrice Blondel, Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles, 2000.
INJEP - Institut National de la Jeunesse et de l'Education Populaire, Conseil d'analyse stratégique.

Conduites à risque. Des jeux de mort au jeu de vivre,
David Le Breton, PUF, collection Quadrige, 2012.

Contraception d'urgence, Prescription et délivrance à l'avance, Recommandations en santé
publique,

La note d'analyse n° 226, Centre d'analyse stratégique, juin 2011. Haute Autorité de santé, 2013.

En souffrance. Adolescence et entrée dans la vie,
David Le Breton, Métailié, 2006.

La contraception en France : nouveau contexte, nouvelles pratiques ?,
Nathalie Bajos, Aline Bohet, Mireille Le Guen, Caroline Moreau, Population et Sociétés n° 492, INED, 2012.

La santé des 15-30 ans : une lecture du Baromètre santé,
François Beck, Richard J-B.,  Agora, Sciences-Po, Les presses n° 63, INJEP, 2013.

Le comportement de santé des jeunes. Analyses du Baromètre santé 2010,
François Beck, Richard Jean-Baptiste, INPES, Saint-Denis, Collection Baromètres santé, 2013.

Les adolescentes. Comment filles et garçons passent différemment de l'enfance à l'âge adulte,
Choquet Marie, Ledoux Sylvie, In La santé des femmes, INSEE, 2013.

Les automutilations à l'adolescence,
Laurent Gicquel, Maurice Corcos, Dunod, 2011.

Les conduites à risque à l'adolescence. Repérer, prévenir et prendre en charge,
Robert Courtois, Dunod, 2011.

Les drogues à 17 ans, premiers résultats de l'enquête ESCAPAD 2011,
Stanislas Spilka, Olivier Le Nezet, Marie-Line Tovar, Tendances n° 79, OFDT, 2012.

Les interruptions volontaires de grossesse en 2011,
Annick Vilain, Études et résultats n° 843, Drees, 2013.

Les jeunes, leur rapport à la santé et leur état de santé,
Muriel Moisy, DREES, L'état de santé de la population en France - Suivi des objectifs annexés à la loi de santé publique - Rapport 2009-2010.

Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence : Enfance, corps et psychisme,
Expansion Scientifique Française, 1996.

Passions du risque,
David Le Breton, Métailié poche, 2015.

Quand l'adolescent va mal
L'écouter, le comprendre et l'aimer
Xavier Pommereau, Jean-Claude Lattès, 2003.

 

 (Listes non exhaustives. N'hésitez pas à nous faire part des adresses ou des ouvrages qui pourraient compléter ce document)

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